Apsara Arts Association - Cite de la musique, Paris 2004 - www.apsara-art.org

« Brahma parla ainsi à Valmiki : « Ô sage (…), chantée par toi, l’histoire de Râma sera immortelle. »

   


Le Reamker, un conte merveilleux


Le Reamker, version khmèrisée de la vaste épopée indienne
du Ramâyana, née il y a 2300 ans, a constitué bien avant
l’arrivée du bouddhisme Theravada le principal fondement
culturel et religieux du peuple cambodgien : en témoigne
la foisonnante imagerie populaire encore prégnante dans
les peintures et les sculptures de certains temples et palais.
La légende rapporte qu’au prix de mille combats épiques
et prodigieux, le prince Râma, septième incarnation de
Vishnu, serait parvenu à évincer l’effroyable démon Râvana
et ses cohortes démoniaques de géants yaks qui auraient
capturé son épouse, la belle Sitâ. Le rôle du Singe Blanc
Hanuman, héros salvateur du couple princier, est
prépondérant dans la version khmère.

 

Hanuman le valeureux

Afin de délivrer Sitâ, Hanuman tente de rejoindre l’Île
de Langka (Ceylan) en construisant une digue au-dessus
des océans. Tandis que les singes dorment, la digue est
dévastée par les sirènes. En les suivant, Hanuman est
conduit jusqu’à l’exquise sirène Suvan Machha. Ils
tombent amoureux. Hanuman poursuit sa mission –
la libération de Sîta –, laissant Suvan Machha enceinte.
La sirène donne naissance à Machanub, qui devient
le filleul de Maiyarap, le roi du monde sous-marin. Un
jour, Hanuman revient auprès de Suvan Machha et fait la
connaissance de Machanub. Ne sachant pas qu’ils sont père
et fils, ils se battent. Aucun des deux ne parvient à vaincre
l’autre. Maiyarap survient et combat Hanuman. Hanuman
le vainc. Machanub et Hanuman sont sur le point de
reprendre le combat lorsque Suvan Machha intervient.
Elle les interrompt et les présente l’un à l’autre comme
père et fils.

 

 

Hanuman le valeureux

Hanuman / photo @ Savary.com

 

Chacun des quatre types de personnages – princes neayrong,
princesses neang, géants hybrides yaks et singes sva –
possède sa gestuelle spécifique, réminiscence des mudras,
des danses indiennes et des gestes sacrés de la mystique
brahmanique.

Un art pour la survie
Alors que la danse khmère n’est plus qu’un vague souvenir
ou au mieux une construction abstraite pour les nouvelles
générations, les cent trente enfants de l’Association Apsara
Art, fondée en 1998 par Vong Metry et son époux Chhay
Sopha, réapprennent et interprètent avec virtuosité et
fraîcheur le répertoire du Reamker. Dès la prime enfance
et pour la vie durant, les rôles sont attribués en fonction
de la morphologie de chaque élève. Mais pour ces enfants
défavorisés ou orphelins, l’apprentissage de la danse et
des valeurs de rigueur, de respect et de courage constitue
un véritable espoir d’insertion sociale.


Isabelle Gruet